Del Pozo, José (2009). «Les Chiliens au Québec. Immigrants et réfugiés de 1955 à nos jours».
Montréal, Éditions Boréal.

André Jacob*

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Chiliens

D’entrée de jeu, je dois dire que la lecture du livre de José Del Pozo s’est avérée une expérience agréable et intéressante. Ce livre, comme le veut l’expression populaire, se lit comme un roman. Dans un style simple, direct et clair, il aborde des thèmes variés comme les facteurs qui ont conduit à l’émigration chilienne, l’intégration au Québec, les rapports avec le pays d’origine, la forge de l’identité, etc. La perspective globale ressort d’une façon dynamique parce que l’intérêt repose sur des témoignages très variés et très riches. L’analyse proposée prend toute sa couleur par les propos recueillis comme autant de perles de l’histoire, la grande histoire et celle de simples témoins d’une époque ou d’une situation impliqués dans leur récit de vie situé dans une conjoncture particulière. Des dizaines de personnes ont donc contribué à renforcer chaque thème par leur perception de la relation de leur vécu passé en lien avec le présent autant dans leur analyse que dans les anecdotes qui enrichissent et illustrent bien les analyses de l’auteur. Pourquoi? Précisément parce que les témoins des centaines de situations vécues relatées dans le livre deviennent les sujets actifs de la trame du livre, en d’autres termes des acteurs-auteurs. Ce livre devient un véritable porte-parole. Il prend vie en donnant à lire la parole d’acteurs de la migration chilienne.

Le livre témoigne de la nécessité de dépasser les perceptions globales et de comprendre la genèse du déracinement et de l’implantation de différents contingents de Chiliens et de Chiliennes au Québec. Cette rétrospective présente la synthèse d’une expérience hétéroclite qui ressemble d’ailleurs à ce que vivent plusieurs « peuples migratoires ». En ce sens, le contenu n’interpelle pas seulement les Chiliens et les Chiliennes; en effet, mutatis mutandis, il permet de mieux saisir la dynamique de l’inter-relation entre des gens de diverses origines et de différentes régions du monde qui quittent leur pays, volontairement ou pas, et qui entrent dans la grande aventure de l’intégration à une société qui leur est étrangère à de multiples points de vue.

La monographie de José Del Pozo donne la parole à des personnalités chiliennes connues, mais aussi à d’autres personnes qui n’ont peut-être jamais eu l’occasion de se faire entendre. Et cette parole trouve un écho puisqu’elle provoque. Elle se confronte au regard d’autrui dans ce qu’il comporte d’idées toutes faites, de stéréotypes et de peurs. En d’autres termes, José Del Pozo nomme avec minutie et rigueur divers phénomènes migratoires spécifiques aux Chiliens et Chiliennes arrivés au Québec depuis 1955 par le témoignage d’un ensemble d’acteurs riches d’expériences signifiantes. J’insiste sur cette question de la multiplicité et la diversité des expériences parce que développer une fresque comme celle que l’on retrouve dans cet ouvrage a dû représenter un défi de taille pour son auteur. Il a ciselé chaque chapitre et chaque paragraphe avec soin. En regardant le portrait d’ensemble, j’ai eu l’impression de me trouver en face d’une murale réalisée à la manière d’un Diego Rivera, le peintre du peuple mexicain, ou d’une des murales si populaires au Chili durant l’Unité populaire et surtout sous le régime du général Pinochet.
Au-delà des difficultés souvent liées à la dynamique propre aux réfugiés, se vivent des interactions avec d’autres personnes qui contribuent à la reconstruction de l’être en situation de détresse, et je parle des gens qui accueillent l’étranger et l’étrangère. Confrontées à des difficultés multiples, les personnes réfugiées ou immigrantes vivent l’apprentissage de nouveaux modes de vie et ont besoin de cette reconnaissance par des gens issus de leur nouveau milieu de vie. José Del Pozo donne aussi la parole à ces acteurs importants du processus d’intégration. Pour ceux et celles qui ont perdu la plupart des références à leur société d’origine, rencontrer des personnes signifiantes au hasard des sentiers souvent tortueux et rocailleux de leur intégration constitue souvent le levier qui leur permet de trouver la force de se projeter en avant dans un avenir prometteur, même s’il peut leur sembler encore incertain et lointain.

D’ailleurs, José Del Pozo illustre bien la complexité du processus lorsqu’il aborde la question de l’implication des Chiliens et des Chiliennes dans la société québécoise. Les nombreux exemples de leur engagement dans la vie communautaire, sociale, économique et politique démontrent à l’évidence qu’ils ont contribué et continuent d’enrichir le développement du Québec.
Enfin, la complexité du processus d’intégration se traduit aussi dans les rapports intergénérationels, dans les dynamiques familiales et dans les rapports avec le pays d’origine. À cet égard, la deuxième partie du livre est très instructive et très riche de sens.


*L’auteur du texte est professeur retraité, École de travail social, Université du Québec à Montréal Il est coordonnateur de l’Observatoire international sur le racisme et les discriminations.

 

 


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